An hauntology /
Une hantologie



Dans son article publié dans la revue anthropologique Terrain, Gilly Carr questionne les différents héritages de l’occupation dans les îles anglo-normandes. Bien qu’ils se traduisent principalement par des éléments physiques comme les colossaux morceaux de béton bordant le littoral, il nous révèle aussi des héritages bien plus discrets, voir invisibles construits au fil du temps par les souvenirs traumatiques de l’occupation. Cette hypothèse se traduit notamment par l’omniprésence dans les mémoires des travailleurs forcés, pour beaucoup morts durant la construction des bunkers. Nombreux sont les témoignages et récits d’îliens ayant vécu l’occupation, qui semblent hantés par le souvenir traumatique de ces hommes. Les habitants en parlent comme des spectres du passé, qui hantent les anciennes prisons, camps et bunkers. Cette présence, forme pour eux, un héritage historique invisible, à considérer, au même titre que les ruines laissées par la guerre par le biais de structures physiques. Ainsi, le lien établit entre les structures matérielles d’une part et d’autre part la dimension immatérielle du patrimoine comme flottant dans l’atmosphère ou dans la mémoire des habitants semble indissociable. Le lien intrinsèque qui existe entre les bunkers, présences massives et imposantes, et les fantômes, dont la présence se révèle bien plus ambiguë, font partie intégrante d’un unique régime concernant la mémoire et vestiges de l’histoire de Jersey. C’est à travers cette notion d’indisociabilité entre ces deux entités, mais aussi la notion de visible et d’invisible que se construit cette édition. Elle se présente sous forme d’une déambulation photographique mettant en avant la présenciation du passé à travers les édifices de béton bordant le littoral Jersiais, tout en jouant sur un rapport d’apparition et de disparition. Les portraits des prisonniers, dans une symbolique de spectre fantomatique semblenr captifs, enfermés à l’intérieur des pages.





































 
2020
Édition bilingue
62 pages

19,5×28,5cm
















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Justine Herbel © 2020